Images du monde flottant

Dans le cadre de la saison culturelle Japonismes 2018, (qui célèbre le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji et le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France), et pour fêter la réouverture de la bibliothèque après travaux le mardi 23 octobre à 10h, Georgette vous propose une sélection d’estampes japonaises.

Ces estampes appartiennent au mouvement ukiyo-e (littéralement « images du monde flottant » en japonais), qui couvre toute la période Edo (1603-1868) et même au-delà. Davantage qu’une technique spécifique, l’ukiyo-e s’apparente à un style, un choix de thématiques, une atmosphère retranscrite avec raffinement par les plus grands artistes du genre. Dans  l’introduction au catalogue de l’exposition « Images du monde flottant » (Grand Palais, 2004), Hélène Bayou, conservateur au Musée Guimet, avance que la définition la plus juste de ce mouvement serait sans doute dans les quelques lignes écrites en 1661 par le romancier Asai Ryôi, en préface à son Dit du Monde flottant (Ukiyo-monogatari) :

« Vivre seulement pour l’instant, contempler la lune, la neige, les cerisiers en fleur et les feuilles d’automne, aimer le vin, les femmes et les chansons, se laisser porter par le courant de la vie comme la gourde flotte au fil de l’eau. »

Voici quelques-unes de ces estampes choisies par l’équipe de Georgette, que vous retrouverez flottant… au plafond de la bibliothèque. Elles sont ici classées par ordre alphabétique de nom d’artiste. Chacune est accompagnée d’un haïku, imprimé au dos de chaque estampe.

Vous pouvez cliquer sur chaque image pour accéder au fichier original en haute résolution, librement réutilisable.

Keisai Eisen (1790-1848)

Concours de beauté, Keisai Eisen, ca. 1825 - source : visipix.com
Concours de beauté, Keisai Eisen, ca. 1825. Source : visipix.com

Keisai Eisen était un spécialiste de bijin-ga, ou « peinture de jolies personnes ». Il était aussi écrivain, et se décrivit dans un de ses textes comme un « ivrogne dissolu »…

Ah ! Si tout le jour
Je me sentais aussi bien
Qu’au sortir du bain

Ryōkan (1758-1831)

Hosoda Eishi (1756-1829)

Maison de thé sur la baie de Shinagawa, Hosoda Eishi, ca. 1785-1790 - source : Rijksmuseum, Amsterdam
Maison de thé sur la baie de Shinagawa, Hosoda Eishi, ca. 1785-1790. Source : Rijksmuseum, Amsterdam

Hosoda Eishi, également appelé Chōbunsai Eishi, fils de samouraï, peintre officiel du shogun Tokugawa, est aussi un spécialiste du bijin-ga. On le compare souvent à Utamaro, autre maître de l’ukiyo-e.

Ont-ils cueilli le thé
Ne connaissent-ils pas
Les vents desséchants de l’automne

Matsuo Bashō (1644-1695)

Kikukawa Eizan (1787-1867)

L'élégante posture du chasseur, Kikukawa Eizan, 1824. Source : Museo de bellas artes, Bilbao.
L’élégante posture du chasseur, Kikukawa Eizan, 1824. Source : Museo de bellas artes, Bilbao.

Également souvent comparé à Utamaro pour son art du bijin-ga, Kikukawa Eizan  représente dans cette estampe une femme qui imite le chasseur en ombre chinoise.

Le chasseur tend l’oreille
Et écoute les murmures du gel

Kawahigashi Hekigodō (1873-1937)

Yashima Gakutei (1786 ? – 1868)

Crabes au bord de l'eau, Yashima Gakutei, ca. 1830. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.
Crabes au bord de l’eau, Yashima Gakutei, ca. 1830. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.

Élève du grand Hokusai, Yashima Gakutei excellait dans l’art du surimono, estampes luxueuses commandées pour des occasions spéciales telles que des fêtes ou cérémonies.
Sur cette image de crabes qui semblent converser au bord de l’eau, un poème (en haut à gauche) du poète Bunbunsha Kanikomaru (« Petit crabe » en japonais), auquel Gakutei rend sans doute hommage.

Quelle fraîcheur de l’air
Un petit crabe sous la pluie
Grimpe sur un pin

Masaoka Shiki (1866-1909)

Suzuki Harunobu (1725–1770)

Femme admirant des fleurs de prunier la nuit, Suzuki Harunobu. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.
Femme admirant des fleurs de prunier la nuit, Suzuki Harunobu. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.

La représentation de l’observation nocturne des fleurs de pruniers est un thème classique de la tradition poétique d’Extrême-Orient, et l’interprétation qu’en fait ici Harunobu évoque fortement par son  style la période Heian. Il utilise en outre la technique du gaufrage dans les zones non colorées de son estampe, sur les parties intérieures du kimono et des chaussettes tabi de la jeune femme, pour souligner leur douceur.

Dans le prunier blanc
La nuit désormais se change en aube

Yosa Buson (1716-1783)

 

Utagawa Hiroshige (1797-1858)

Le tourbillon de Naruto, province d'Awa, de la série « Vues de lieux célèbres des soixante provinces », Utagawa Hiroshige, ca. 1853. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.
Le tourbillon de Naruto, province d’Awa, de la série « Vues des sites célèbres des soixante et quelques provinces du Japon », Utagawa Hiroshige, ca. 1853. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.

Nous avons choisi cinq estampes d’Hiroshige, l’un des plus grands maîtres de l’ukiyo-e.
Dans la première, il représente en 1853 le celèbre tourbillon de Naruto, un phénomène qui se produit deux fois par jour dans ce détroit situé au large de la province d’Awa, entre les îles d’Awaji et de Shikoku, et qui attire depuis toujours de nombreux touristes. Il peut atteindre jusqu’à 20 m de diamètre !

Le long du rivage
Roulent avec fracas
Les vagues déferlantes

Izen (1640-1711)

Le pont Suidō et le quartier Surugadai, n°48 de la série « Cent vues d'Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : Brooklyn Museum, New York.
Le pont Suidō et le quartier Surugadai, n°48 de la série « Cent vues d’Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : Brooklyn Museum, New York.

Dans la deuxième estampe d’Hiroshige, des banderoles en forme de carpe (koinobori) dessinées par Hiroshige sont déployées le jour de la « célébration des garçons » (Kodomo no hi), pour commémorer le courage et la virilité. Les carpes symbolisent ces concepts, car leur capacité à nager à contre-courant en fait des exemples de force et d’endurance. Pour mieux rendre le brillant des écailles, Hiroshige a utilisé du mica selon la technique du kirazuri.
Cette fête est devenue aujourd’hui la fête de tous les enfants ou kodomo no hi, pour les filles comme pour les garçons. Elle a lieu le 5 mai dans tout le Japon.

Une carpe saute
Des rides
À la lune d’automne

Masaoka Shiki (1866-1909)

Averse soudaine sur le pont Ohashi à Atake, n°58 de la série « Cent vues d'Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
Averse soudaine sur le pont Shin-Ōhashi à Atake, n°58 de la série « Cent vues d’Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.

Sur la troisième estampe, cette vue du pont Shin-Ōhashi sous la pluie, qui est l’une des plus célèbres de la série « Cent vues d’Edo » d’Hiroshige. Elle a même été copiée en 1887 par Vincent Van Gogh, grand amoureux de l’art japonais.

Pont sous la pluie, d'après Hiroshige, Vincent Van Gogh, 1887. Source : Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)
Pont sous la pluie, d’après Hiroshige, Vincent Van Gogh, 1887. Source : Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Estampe patinée par le temps
Il pleut sur Edo
Averse de printemps

Natsume Sōseki (1865-1915)

Rizière d'Asakusa et festival Torinomachi, n°101 de la série « Cent vues d'Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : Brooklyn Museum, New York.
Rizière d’Asakusa et festival Torinomachi, n°101 de la série « Cent vues d’Edo », Utagawa Hiroshige, 1857. Source : Brooklyn Museum, New York.

Dans la quatrième estampe d’Hiroshige que nous avons choisie, un petit chat blanc regarde une procession au loin dans les rizières, le jour du festival Torinomachi, depuis la chambre d’une courtisane, dans une maison close du quartier des plaisirs Yoshiwara. On peut voir au premier plan à gauche, à même le sol, des piques à cheveux, sans doute offertes par le client à la jeune femme.

La fenêtre ouverte
Tout le passé me revient
Bien mieux qu’un rêve

Ryōkan (1758-1831)

Maison du teinturier à Konya-cho, Kanda, Utagawa Hiroshige, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
Maison du teinturier à Konya-cho, Kanda, Utagawa Hiroshige, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.

Enfin, dans la dernière image d’Hiroshige, des bandes de tissus sèchent au vent avant d’être découpées en tenugui (serviettes).

À l’ombre des poteaux à linge
Se devine le solstice d’hiver

Masaoka Shiki (1866-1909)

 

Katsushika Hokusai (1760-1849)

Le fantôme de Kohada Koheiji, de la série Cent histoires de fantômes, Katsushika Hokusai, ca. 1831. Source : Museum of Fine Arts, Boston.
Le fantôme de Kohada Koheiji, de la série « Cent histoires de fantômes », Katsushika Hokusai, ca. 1831. Source : Museum of Fine Arts, Boston.

Katsushika Hokusai est un autre grand nom de l’ukiyo-e, peut-être le plus connu en Occident. On lui doit entre autres la fameuse Grande vague de Kanagawa.

Kohada Koheiji est un fameux fantôme dont la légende, très populaire pendant la période Edo, serait basée sur une histoire vraie : un acteur, assassiné par sa femme et son amant, revient les hanter chaque nuit, jusqu’à les rendre fous. Cette histoire fut la base de livres, d’une pièce de kabuki, et de cette effrayante estampe du grand maitre Hokusai.

Quelqu’un est venu
Encore une fois j’ai dû
Ôter mon bonnet

Ryōkan (1758-1831)

Dans cette seconde estampe de Hokusai, un petit canari vole au-dessus d’élégantes fleurs de pivoines. Ces fleurs sont admirées et appréciées depuis toujours en Asie, à la fois pour leurs vertus médicinales et ornementales.

Canari et pivoines, Katsushika Hokusai, ca. 1834. Source : Museum of Fine Arts, Boston.
Canari et pivoines, Katsushika Hokusai, ca. 1834. Source : Museum of Fine Arts, Boston.

D’une pivoine
Deux ou trois pétales
L’un sur l’autre

Yosa Buson (1716-1783)

Kobayashi Kiyochika (1847-1915)

La lune au-dessus de la mer à Shinagawa, Kobayashi Kiyochika, 1884. Source : Rijksmuseum, Amsterdam.
La lune au-dessus de la mer à Shinagawa, Kobayashi Kiyochika, 1884. Source : Rijksmuseum, Amsterdam.

Kobayashi Kiyochika est un artiste japonais de l’ère Meiji, qui mélange des influences de l’âge d’or de l’ukiyo-e à des inspirations très occidentales.

Dans cette estampe d’inspiration classique, il représente la lune brillant au-dessus de Shinagawa, qui était encore en 1884 un petit village de pêcheurs, et qui est devenu aujourd’hui un quartier d’affaires de Tokyo dominé par les gratte-ciels.

Le voleur parti
N’a oublié qu’une chose
La lune à la fenêtre

Ryōkan (1758-1831)

Six visages d’un homme âgé, Kobayashi Kiyochika, 1884. Source : Wellcome Collection, Londres.
Six visages d’un homme âgé, Kobayashi Kiyochika, 1884. Source : Wellcome Collection, Londres.

Très influencé par l’art occidental, Kobayashi Kiyochika travaillait aussi comme caricaturiste pour le journal Marumaru Chinbun. Il décline ici diverses mimiques possibles d’un visage d’homme âgé.

Des jours et des jours
Que tombe la bruine
Et l’homme vieillit

Ryōkan (1758-1831)

La main de l’armée japonaise écrasant Port Arthur en 1904, Kobayashi Kiyochika, 1904. Source : Library of Congress, Washington.
La main de l’armée japonaise écrasant Port Arthur en 1904, Kobayashi Kiyochika, 1904. Source : Library of Congress, Washington.

Dans cette étonnante 3e et dernière estampe de Kiyochika, la main géante de l’armée japonaise écrase la ville de Port Arthur. Port Arthur était un petit village de pêcheurs au nord-est de la Chine, appelé Liuchun (aujourd’hui Lüshunkou). Comptoir d’échanges commerciaux avec les Occidentaux, ceux-ci renommèrent le village Port Arthur à partir de 1860. Il fut assiégé par l’armée japonaise pendant plus de 6 mois pendant la guerre russo-japonaise.

Soudain la guerre
Debout
Au fond du couloir

Watanabe Hakusen (1913-1969)

Torii Kiyonaga (1752–1815)

Trois jeunes femmes déguisées en « Komuso » (troubadour), Torii Kiyonaga, ca. 1778. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
Trois jeunes femmes déguisées en « Komuso » (troubadour), Torii Kiyonaga, ca. 1778. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.

Torii Kiyonaga est considéré comme un des grands maîtres de l’estampe de brocart (nishiki-e) aux multiples couleurs, ainsi que des bijin-ga. Dans cette image, trois jeunes femmes se sont déguisées en komuso ou moines errants qui mendiaient sur les routes en jouant de la musique avec un tengai (panier en osier) sur la tête.

Bruissement soyeux
Manches frôlées robes qui chuchotent
Pruniers en fleur

Natsume Sōseki (1865-1915)

Toyohara Kunichika (1835-1900)

L'acteur Ichikawa Sadanji dans le rôle du poissonier, Toyohara Kunichika, 1883. Source : Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles.
L’acteur Ichikawa Sadanji dans le rôle du poissonier, Toyohara Kunichika, 1883. Source : Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles.

Passionné par le monde du théâtre kabuki, Kunichika est principalement connu pour ses portraits d’acteurs du genre.  Il représente ici le célèbre Ichikawa Sadanji dans le rôle de Fukashichi le poissonnier.

Le premier melon
Le couper en quatre pièces
Ou en rondelles ?

Matsuo Bashō (1644-1695)

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861)

Le pêcheur Tokuso et le monstre marin Umi-Bozu, Utagawa Kuniyoshi, ca. 1845. Source : Museum of Fine Arts, Boston.
Le pêcheur Tokuso et le monstre marin Umi-Bozu, Utagawa Kuniyoshi, ca. 1845. Source : Museum of Fine Arts, Boston.

Kuniyoshi, dont on a pu admirer une superbe exposition monographique au Petit Palais de Paris en 2016, est un autre des très grands noms de l’ukiyo-e, connu notamment pour ses dessins de chats et de yokai (monstres et esprits malfaisants légendaires).

Dans cette image, il représente un umibōzu, monstre marin terrorisant les bateaux de pêcheurs.

Me voici seul
Seul sur la mer
Que le vent balaie

Natsume Sōseki (1865-1915)

Quatre chats, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.
Quatre chats, Utagawa Kuniyoshi, 1852. Source : Wikimedia Commons.

Kuniyoshi était très connu pour son amour des chats, qu’il a représentés en de multiples occasions. L’atelier Saje s’en est inspiré en 2016, à l’occasion de l’exposition du Petit Palais, pour composer ce joli livre pour enfants, que vous pouvez consulter à la bibliothèque Faidherbe.

Les chats tout émoustillés
En train de se consulter
Assis

Issa (1763-1827)

Raies et poissons, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.
Raies et poissons, Utagawa Kuniyoshi, ca. 1837. Source : Wikimedia Commons.

Ces raies et ces poissons sous l’eau appartiennent à la série de Kuniyoshi dite des « créatures sous marines ».

Au fond de l’eau
Un poisson un autre va-et-vient incessant
Eau vivace du printemps

Natsume Sōseki (1865-1915)

Le homard et le phénix, Utagawa Kuniyoshi, 1837. Source : Wikimedia Commons.
Le homard et le phénix, Utagawa Kuniyoshi, 1837. Source : Wikimedia Commons.

Toujours dans la série des créatures sous marines, voici un impressionnant combat entre un homard et un phénix. Selon une parabole zen, le phénix confondit le homard avec une branche, un peu comme les humains ne voient pas la réalité du monde…

Un oiseau crie
Le bruit de l’eau noircit
Autour de la nasse

Yosa Buson (1716-1783)

Un chat déguisé en femme s'appuie sur la tête d'une pieuvre, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.
Un chat déguisé en femme s’appuie sur la tête d’une pieuvre, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.

On se demande bien à quoi peut penser ce chat déguisé en femme, alors qu’il s’appuie sur la tête d’une pieuvre ? Une recette de cuisine ?!

Au fond de la jarre
Sous la lune d’été
Une pieuvre rêve

Matsuo Bashō (1644-1695)

La fille du Roi Dragon, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.
La fille du Roi Dragon, Utagawa Kuniyoshi. Source : Wikimedia Commons.

Cette « princesse dragon » fait sans doute référence aux nombreuses légendes autour de Ryujin, le roi dragon, et sa fille, la belle Otohime.

Ma main se lassant
Cherche à trouver un endroit
Pour mon éventail

Ryōkan (1758-1831)

Le célèbre acrobate Hayatake Torakichi, Utagawa Kuniyoshi, 1857. Source : Wikimedia Commons.
Le célèbre acrobate Hayatake Torakichi, Utagawa Kuniyoshi, 1857. Source : Wikimedia Commons.

Dans cette dernière estampe de Kuniyoshi, on peut voir à l’œuvre le fameux acrobate Hayatake Torakichi, dont la troupe fit des tournées dans tout le Japon pendant l’ère Bakumatsu, et jusqu’au États-Unis, où il mourut en 1868.

Rien de plus facile à dire
Ni de plus difficile à faire
Que de lâcher prise

Taneda Santōka (1882-1940)

Tōshūsai Sharaku

L'acteur de Kabuki Ōtani Oniji III dans le rôle de Yakko Edobei dans La noble dame aux rênes colorées, Tōshūsai Sharaku, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
L’acteur de Kabuki Ōtani Oniji III dans le rôle de Yakko Edobei dans « La noble dame aux rênes colorées », Tōshūsai Sharaku, 1857. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.

On sait très peu de choses sur Sharaku, quand il vécut vraiment, et même si c’était son nom véritable… Sa carrière dans l’ukiyo-e est en elle-même un mystère, car elle semble n’avoir duré que 10 mois, du milieu de l’année 1794 jusqu’au début de 1795. À tel point que certains pensent qu’il n’a jamais existé et qu’il s’agit en vérité de la farce d’un groupe d’artistes. D’autres pensent qu’il s’agirait en fait d’un pseudonyme du grand Hokusai.
Son nom est en tout cas associé à une série de saisissants portraits d’acteurs de kabuki, comme ici celui de Ōtani Oniji III.

Hier encore il pleurait
Aujourd’hui
Il s’évente la mine dégagée

Natsume Sōseki (1865-1915)

Katsukawa Shunshō (1726-1792)

Ichikawa Danjuro V dans la pièce « Shibaraku », Katsukawa Shunshō, 1777. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
Ichikawa Danjuro V dans la pièce « Shibaraku », Katsukawa Shunshō, 1777. Source : Wikimedia Commons.

Katsukawa Shunshō fut l’un des maîtres de Hokusai. Il est célèbre pour ses portraits d’acteurs, comme ici celui de Ichikawa Danjuro V dans la pièce Shibaraku.

Une nuit d’été
Pour compter toutes mes puces
Veillant jusqu’à l’aube

Ryōkan (1758-1831)

Utagawa Toyokuni (1769-1825)

L'acteur Onoe Matsusuke dans le rôle du fantôme de l'épouse assassinée Oiwa (dans la pièce « L'Histoire du fantôme de Yotsuya »), Utagawa Toyokuni, 1812. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.
L’acteur Onoe Matsusuke dans le rôle du fantôme de l’épouse assassinée Oiwa (dans la pièce « L’Histoire du fantôme de Yotsuya »), Utagawa Toyokuni, 1812. Source : The Metropolitan Museum of Art, New York.

Cette image est une illustration d’une des plus fameuses histoires de fantômes japonaises, Yotsuya Kaidan.

Si seul
Que je fais bouger mon ombre
Pour voir

Ozaki Hōsai (1885-1926)

Kitagawa Utamaro (1753-1806)

Autre grand nom de l’ukiyo-e, Utamaro est reconnu entre autres pour ses bijin-ga, portraits de jolies femmes.

Une femme et un chat, Kitagawa Utamaro, ca. 1793–94. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.
Une femme et un chat, Kitagawa Utamaro, ca. 1793–94. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.

Il nous offre ici une parodie d’un thème littéraire classique : le chat jouant avec le tissu est une allusion à Nyosan no Miya, la « Troisième Princesse » dans le Dit du Genji. Elle a d’abord été vue et admirée par Kashiwagi, l’un des héros du conte, lorsque deux chats se pourchassant séparent accidentellement les deux pans du rideau la dissimulant. Dans l’interprétation d’Utamaro, il n’est pas nécessaire de déplacer le tissu de côté : il s’est assuré que nous voyions les charmes de la jeune femme à travers la soie, en utilisant tout son talent de graveur.

Le chat crasseux
Une femme cependant
A trouvé

Issa (1763-1827)

Geisha marchant la nuit sous la neige, Kitagawa Utamaro, ca. 1797. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.
Geisha marchant la nuit sous la neige, Kitagawa Utamaro, ca. 1797. Source : Metropolitan Museum of Art, New York.

Ici, une geisha marche sous la neige, et son ombrelle semble se transformer en lampadaire éclairant la nuit…

Averse de printemps
L’un contre l’autre ils vont
Un parapluie pour deux

Natsume Sōseki (1865-1915)

Ce portrait d’une femme et son peigne est représentatif de la technique de l’ōkubi-e dont on considère Utamaro comme le maître inégalé.

Kushi (Le peigne), Kitagawa Utamaro, ca. 1780–89. Source : Library of Congress.
Kushi (Le peigne), Kitagawa Utamaro, ca. 1780–89. Source : Library of Congress.

Plaine dénudée
Du temps des roseaux en fleurs
Un peigne de femme

Ihara Saikaku (1642-1693)

Taiso Yoshitoshi (1839-1892)

Hangaku la guerrière, Taiso Yoshitoshi, ca. 1885. Source : Library of Congress, Washington.
Hangaku la guerrière, Taiso Yoshitoshi, ca. 1885. Source : Library of Congress, Washington.

Considéré comme l’un des derniers grands maîtres de l’ukiyo-e, Yoshitoshi représente ici Hangaku, une célèbre femme samouraï de la fin de l’époque Heian et du début de l’époque Kamakura.

Au galop de mon cheval
Sans fin le vent printanier m’emporte
Éternel printemps

Ryōkan (1758-1831)

 

 

 

 

À noter que, toujours dans le cadre de Japonismes 2018, la bibliothèque Georges Brassens accueillera le samedi 1er  décembre la lecture d’un conte japonais du 15e  siècle « La légende d’Aoyagi » par la compagnie des Deux Mondes, pour les enfants à partir de 7 ans (sur inscription).

Pour finir en musique, Georgette vous invite à écouter sur Gallica cet ensemble de 9 disques consacrés à l’histoire de la musique japonaise édité par Columbia en 1934 sur disque 78 tours (cliquez sur l’image du disque pour l’écouter sur Gallica) :

Nihon ongaku shi. Histoire de la musique japonaise. Columbia, 1934. Source : Gallica / BNF
Nihon ongaku shi. Histoire de la musique japonaise. Columbia, 1934. Domaine public. Source : Gallica / BNF
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